Reflexions sur les journalistes politiques

Les chroniqueurs qui se targuent d'être journalistes, ont largement participé à l'abaissement du niveau des interviews de personnalités politiques. Voici quelques réflexions sur la réaction, à mon avis saine, à un piège tendu à une personnalité politique "ordinaire" (Nathalie Kosucko Morizet) à un chroniqueur du Nouvel Obs, plus intéressé par l'audience que par la chose publique.

Tout tourne autour de la réaction de Nathalie Kosucko Morizet à la question d'un chroniqueur amateur des "4 vérités", une rubrique qui a toujours été de mauvaise qualité dans une émission pourtant sympathique.

Voici le résumé: Gilles Bornstein, un chroniqueur, pose une question sans aucun intérêt politique, destiné à faire buzzer: "N'etes vous pas trop bourgeoise pour vous présenter à la tête de l'UMP". NKM répond comme une personne qui a de la personnalité: en mouchant le journaliste et en lui faisant comprendre que cette question est nulle. Les autres journalistes s'émoient de ce qu'un de leur collègue ait été attaqué.

Les journalistes parisiens étant enfermés dans leur petit monde et internet permettant de leur rappeler la réalité des citoyens ordinaires, j'ai sauté sur l'occasion pour mettre mon grain de sel dans l'affaire.

Voici le texte intégral de ma réponse, en partie coupée sur le site du Nouvel Obs.

Bruno Roger-Petit, je vous trouve un peu complaisant avec le journaliste des 4 verites.
Precision utile: mes convictions sont éloignées de celle de NKM. Je ne milite pas. Je n'adhère a aucun parti.

En revanche, je me permets d'avoir des avis sur le monde de l'information.

Tout d'abord, 'émission "Les 4 vérites" est une synthèse ce que l'interview politique ne devrait pas être.

La personne qui pose des questions n'est pas du tout un journaliste contrairement à ce qu'indique votre article.

Elle échoue à 3 tests basiques:
1°)  Il ne connait pas ses sujets,
2°) Il pose des questions mais n'écoute jamais les réponses si bien que la personnalité politique peut répondre ce qu'elle souhaite en étant certain que l'on insistera pas pour avoir une vraie réponse à la question posée,
3°) Pour préparer ses interviews, il effectue une revue de presse pour voir sous quel angle sont traités les sujets liés à ses invités et recycle 4 ou 5 questions déjà posées partout ailleurs, sans comprendre si elles ont de l'importance.

Cette clownerie remplit 10 minutes de temps d'antenne en faisant converger les intérêts de deux groupes différents: une chaine qui souhaite produire du programme pour pas cher et une personnalité qui déroule son plan de communication.

Peut être serait-il plus utile de s'intéresser à la qualité des questions qu'a la vigueur des réponses.

Aucun des journalistes des "4 vérites" ne s'intéresse au fond, ni à la vraie politique, celle qui fait bouger la société. Ils se contentent de poser les questions déjà posées par tous les autres journalistes. Ces questions ne concernent que les personnalités politiques, leur vie, le fonctionnement des partis, les calculs électoraux... Les choses que les journalistes parisiens pensent importantes.

La question sur la couleur "bobo" de NKM est symptomatique du manque d'intérêt pour la politique de ces journalistes. On est dans ce qui fait que la communication politique a perdu toute sa substance.

Imaginons un monde fantasmé où le téléspectacteur aurait le pouvoir et que les questions posées aux personnalités politiques représenteraient les préoccupations réelles de nos concitoyens, Nathalie Kosciusko-Morizet aurait peut être du répondre à des questions comme: Qu'avez vous réalisé dans votre ville ? Quelles sont les sources d'emploi pour l'avenir ?

Allons plus loin dans le fantasme: imaginons que les vrais passionnés de politique et de société civile posent des questions , Nathalie Kosciusko-Morizet devrait répondre a des questions plus techniques: comment relancer croissance seine sans creuser la dette ? La dette ne devrait-elle pas financer des investissements d'avenir plutôt que des dépenses de consommation ? Allez vous replacer la mutation écologique au centre du projet de l'UMP ?

Si Nathalie Kosciusko-Morizet a mouche le chroniqueur qui se prend pour un journaliste parce qu'il s'entend bien avec Williame Lemergie, c'est peut être parce qu'elle espérait que pour une fois, on lui poserait des questions importantes.

Et si aucun téléspectateur ne s'est offuscé de la réponse de Nathalie Kosciusko-Morizet, alors que le microcosme parisien s'en émeut, c'est peut être parce que les préoccupations des journalistes sont différentes de celles des électeurs.

Nathalie Kosucko Morizet
 
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